UWL Surfboards : des shapers passionnés, sculpteurs et designers de planches sur-mesure

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Bienvenue sur le dixième volet de notre série La Belle Histoire ! Depuis plus de 10 ans, nous suivons avec assiduité le parcours de très nombreux entrepreneurs. Tous déterminés à percer dans des secteurs d’activité aussi différents que novateurs, nous prenons un réel plaisir à les accompagner au fil des années.

Et c’est dans cette optique que nous avons décidé de leur donner la parole. Ils sont pour nous synonymes de courage pour assouvir avec une détermination sans faille leur passion. Quelle que soit leur motivation, nous ne pouvons que les féliciter d’accomplir avec autant de conviction leurs rêves. 

Pour ce nouvel opus, nous avons eu le plaisir d’interviewer Thomas Cardinal, co-fondateur avec son frère Renaud d’UWL Surfboards, un inconditionnel du surf depuis ses premiers pas.

Plongeon dans les eaux rochelaises à la découverte d’un graphiste et d'un shaper, véritables sculpteurs de planches de surf haut de gamme tout au long du processus de fabrication.

Thomas, avant d’évoquer ton parcours professionnel, peux-tu me parler un peu de ta vie d’enfant et d’ado ?

Et bien, en fait, j’ai toujours baigné dans l’univers du surf ! Et pour cause, mon père pratiquait ce sport avec passion dès les années d’après-guerre. Il a même rencontré ma mère en surfant sur les plages de l'Île de Ré, en Charente-Maritime. Dès notre plus jeune âge, il nous a transmis son amour pour le surf. Je dis “nous”, car, avec mon frère, Renaud, de deux ans mon aîné, nous sommes tombés accros immédiatement de ce sport de glisse !

Mais, très vite, nous nous sommes rendu compte que nos planches n’étaient pas adaptées à notre gabarit de “junior”. Aidés par notre père, nous avons alors commencé à concevoir nos premiers prototypes de planches dès l’âge de 10 ans.

Et une chance incroyable s’est présentée à nous : nous avons fait la connaissance d’un importateur de matières premières sur toute l’Europe basé à La Rochelle. Nous traînions avec son équipe dès que nous le pouvions, ce qui nous permettait de récolter de quoi fabriquer nos propres planches avec des matériaux de très belle qualité. 

Nous avons alors commencé à concevoir les planches de nos copains, puis celles des copains de nos copains, pour finir avec la création d’une réelle micro-entreprise sans même nous en rendre compte !

“Avec Renaud, nous avons toujours été très complémentaires. Nous savions ce que nous avions à faire, sans même nous parler. Mon frère est très manuel, alors que moi je suis davantage tourné vers le dessin. Un binôme parfait pour se lancer !”

Dès mes 16 ans, complètement absorbé par notre business à la demande grandissante bien que j'étais encore scolarisé, j’ai demandé une émancipation de mineur à mes parents. Par la suite, tout en étudiant aux Beaux-Arts à Bordeaux, et le suivi d’un parcours scientifique pour mon frère, nous continuions activement nos travaux de shapers, incapables de stopper notre lancée. Nous ne comptions pas nos heures.

Des vrais fous ! Nous vivions à fond pour notre passion du surf, et cela n’avait pas de prix. Nos parents soutenaient à 100% nos initiatives, d’autant plus que la pratique du surf était en pleine expansion ! 

Et c’est ainsi que l’aventure d’UWL Surfboards a commencé ?

Oui, tout est allé très, très vite. En 1991, nous avons créé notre propre entreprise de fabrication custom de planches de surf. C’était juste… dingue ! Rapidement, la conception de nos planches a nécessité l’aide de toute une équipe dans des locaux adaptés à une demande incroyable. 

“Mais notre atelier de 60 m2 installé dans une ancienne bergerie de la périphérie rochelaise a vite atteint le maximum de sa capacité. Nous ne pouvions plus gérer les commandes !”

 Nous nous sommes alors installés dans un nouvel atelier plus spacieux d’une superficie de 700 m2 à Angoulins-sur-Mer, au sud de La Rochelle. Il était vraiment plus approprié pour travailler.

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Personnellement, je suis le plus souvent axé sur la partie graphisme, c'est-à-dire la déco des planches, la création des stickers et logos, mais aussi celle des flyers et catalogues afin d’assurer notre communication. 

 

Mais l’une de nos particularités, et dont nous sommes plus que fiers, est aussi d’inviter des shapers internationaux pendant une dizaine ou quinzaine de jours pour fabriquer des planches chez nous. 

“Australiens, américains, néo-zélandais, peu importe, tous apportent leur vision et expertise du design et du service. C’est un réel échange extrêmement enrichissant de savoir-faire.”

Et c’est aussi une façon de nous développer à l’international. Dans le monde du surf, nous avons acquis une certaine notoriété, mais nous ne faisons pas du massmarket comme nos confrères en Espagne. Alors que nous sommes à peu près à 1 000 planches par an, c’est ce que réalisent les espagnols en 1 mois !

Nous ne pouvons pas concurrencer les plus gros marchés, et ce n’est pas notre souhait. Aussi, naturellement, nous nous axons sur des planches techniques, haut de gamme. Nous préférons cibler des pays européens comme l’Allemagne où il y a une forte concentration d’amateurs de surf. Nous avons également un distributeur en Italie, mais aussi au Japon. C’est déjà énorme !

Thomas, quelle est la principale matière première travaillée pour fabriquer une planche de surf ?

La base, c’est la mousse dans laquelle nous allons shaper la forme du surf. C’est le coeur de la planche. Sa qualité va inévitablement influencer le résultat final. Un bon pain de mousse doit être blanc et léger pour ne pas vriller et être facile à travailler.

Pour l’instant, nous ne retrouvons pas en Europe la même qualité de mousse qu’en Australie ou aux États-Unis. Nous la faisons donc venir par containers de ces pays pour nous assurer le meilleur matériau possible.

Et, la passion du surf des frères Cardinal dans tout ça ? Vous avez encore un peu de temps pour vous y adonner ?

Personnellement, cela m’est dorénavant difficile. Quant à mon frère, notre entreprise l’accapare également beaucoup, et, du coup, il surfe plutôt en dilettante avec ses enfants. Nous avons dû revoir un peu nos priorités ! Mais nous avons la chance de pratiquer un métier complètement en phase avec notre passion, et c’est cela le plus important à nos yeux.

 “Nous sommes à 100% investis dans notre activité, et l’une des principales caractéristiques de notre réussite, c’est notre réactivité.”

Nos dates de livraison sont fiables. Nous mettons un point d’honneur à respecter nos délais de fabrication. C’est essentiel pour gagner la confiance de notre clientèle et la fidéliser.

Justement, combien de temps faut-il compter pour réaliser une planche de surf disons “basique” ?

Dans l’absolu, il est possible de fabriquer une planche en une seule journée. Mais il y a aussi des règles à respecter. Déjà, le temps de sèche est d’environ 2 heures, tout comme pour la stratification où il faut compter une durée à peu près similaire, voire un peu longue. Ensuite, il y a une bonne heure de montage pour une planche sans caractéristique particulière.

Mais avant de la mettre à l’eau, il faut encore attendre au moins une dizaine de jours : elle doit impérativement être sèche. C’est un point auquel nous ne pouvons déroger. Il n'est d'ailleurs pas rare que nous conservions les planches de nos clients dans notre atelier durant ce laps de temps. Certains sont tellement pressés de les tester au plus vite qu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir attendre le temps de séchage complet !

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Aujourd’hui, par rapport à toutes ces mesures de précaution, nous sommes plutôt sur un délai de 3 semaines de fabrication. Bien entendu, il peut aussi varier en fonction du nombre de planches que nous avons à fabriquer sur telle ou telle période donnée. 

D’autant plus que nous faisons essentiellement du sur-mesure, avec le design et la déco que l’on nous demande. Il n’y a quasiment pas de limite à la personnalisation des planches, nous pouvons imprimer des photos ou encore varier les couleurs au gré des envies. 

Nous sommes aussi en mesure de jouer sur l’intensité de la mousse pour faire des planches plus ou moins légères selon, notamment, l'endroit où l’on veut surfer. Toute la fabrication peut être ajustée en fonction de la forme de la vague, pour, par exemple, faire plus de figures avec son surf. 

“Avec tous les shapers qui viennent chez nous pour des sessions de travail, nous offrons aujourd’hui un catalogue d’environ 500 modèles différents entièrement personnalisables dans la longueur, la largeur ou encore l’épaisseur.”

 Sans parler de la stratification, où nous pouvons mettre plusieurs couches de tissus. En fait, nous ne fabriquons jamais deux fois la même planche, sauf à la demande précise d’un client. Nous conservons toujours toutes les caractéristiques de leurs planches au cas où ils souhaiteraient surfer sur exactement le même modèle qu’un créé précédemment.

Vous travaillez aussi bien avec des particuliers que des écoles de surf ?

Oui, ils nous arrivent de travailler avec des écoles, mais elles ont des besoins plus spécifiques que nous avons du mal à gérer. Je veux dire par là que leurs planches doivent être “indestructibles”, car elles sont parfois un peu mises à mal au départ de l’apprentissage du surf ! Elles ont aussi l’obligation de ne pas blesser le stagiaire. Or, nous, notre fabrication est plus axée sur la performance et nos planches sont un peu plus fragiles.

Nous vendons par contre beaucoup aux particuliers et à nos revendeurs. Nous travaillons aussi pour des marques qui ont besoin de planches avec des spécificités bien particulières.

Et l’avenir UWL Surfboards, comment le voyez-vous ?

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Nous avons réussi à répondre à une vraie demande du marché européen, mais cette dernière est aussi présente à travers le monde. 

“À présent, nous devons aussi penser à nous tourner davantage vers l’international.”

Mais nous ne pouvons pas non plus pousser davantage notre production de planches. Humainement, on ne peut à ce jour faire plus, on finit par se marcher dessus ! Nous réfléchissons donc à des solutions, comme un éventuel déménagement pour nous installer dans un atelier encore plus spacieux.

Renaud et moi-même, nous savons pertinemment que nous avons des connaissances dans un domaine très spécifique qui ne nous permettraient pas de nous reconvertir facilement dans un autre univers. Nous nous sommes parfois posé des questions sur notre avenir professionnel. Mais non, c’est une certitude, le surf, c’est notre passion, et nous n’avons pas encore fini d’en faire le tour !