Immersion dans une bulle musicale pour une détente amplifiée par Victor Chevallier

Immersion dans une bulle musicale pour une détente amplifiée par Victor Chevallier

Bienvenue sur le quatrième volet de notre série La Belle Histoire. Chez Sellsy, être aux plus près de nos clients est une priorité. Chaque jour, nous échangeons avec de nombreux entrepreneurs passionnés par leur métier. Et, à chaque fois, nous sommes stupéfaits par leur créativité et leur enthousiasme.

Après avoir donné la parole à Patrick Jouffret, un designer industriel talentueux, et Alan d’Alfonso Peral, un aventurier à la quête d’un monde marin dépollué, nous avons interviewé Martin Pellet, un brasseur dynamique dont le fil rouge est la pédagogie. Nous nous tournons aujourd’hui vers Victor Chevallier, un entrepreneur dont la musique est au coeur de l’innovation.

Co-fondateurs d’une start-up avec Grégoire Mulliez, les deux jeunes dirigeants lyonnais de MAANS ont lancé un concept pour le moins original. Pour vivre une expérience sensorielle totale et un moment de détente amplifié, ils ont inventé le premier fauteuil d’immersion musicale.

 

Victor, pourrais-tu te présenter en quelques mots et nous expliquer comment est née MAANS ?

J’ai fait un parcours assez classique : une licence d’économie à la fac, suivie d’une école de commerce, puis des stages dans la vente pour me former. J’ai par contre réalisé ma dernière année de commerce en entrepreunariat. À l’époque, j’étais sur un projet de fleurissement de tombes à distance. Cela n’avait vraiment rien à voir avec mes activités d’aujourd’hui !

Parallèlement, j’ai retrouvé un copain d’enfance, Grégoire Mulliez, avec qui j’étais au collège. Lui avait fait une école d’ingénieurs à Toulouse. Passionné de musique, son parcours d’étudiant ne correspondait pas vraiment à ses aspirations. À la fin de son master 2 d'ingénieur, Il a vite bifurqué vers un mi-temps dans une boîte de marketing. Mais, il voulait monter un projet où il pourrait faire évoluer la manière d’écouter de la musique. Comme il composait un peu, il tenait à trouver une idée qui tournerait autour de la retransmission audio.

En novembre 2015, nous nous sommes dit : “On se connaît, nous sommes complémentaires - lui étant ingénieur et moi plutôt commercial - et si on se lançait sur un projet à développer ensemble ?”.

C’était incontestablement bien plus fun que mes tombes !

 

Huit mois plus tard, nous quittions nos boulots respectifs pour nous mettre à plein temps sur notre projet. Pour nous cadrer un peu, nous avons été accompagnés par un incubateur. Pendant six mois, nous avons réfléchi à notre idée, à savoir comment l’aborder et la faire mûrir. Une chose était sûre, nous voulions une aventure à long terme. Notre but n’était pas de créer une boîte pour vite la revendre.

Mais nous voulions aussi un produit sympa. Au départ, nous étions partis sur la réalisation d’un oreiller. L’objectif de base était la retransmission de la musique en s’affranchissant du casque audio, mais avec une qualité similaire. Et là, nous avons pris conscience que dans la musique, la vibration, c’est super important !

 

“Imaginez-vous en train de ressentir les mêmes sensations que lors d’un concert, quand votre cage thoracique se met à vibrer !”

 

Du coup, nous avons essayé d’imaginer comment nous pouvions retransmettre la vibration. Après quelques recherches, nous avons réussi à breveter un procédé. Le principe était assez simple : dans le dos, nous avons placé un haut-parleur dont la membrane était figée pour faire vibrer toute une surface. Puis, nous avons installé des poches avec un fluide un peu particulier permettant de ressentir les vibrations.

Au début, nous nous sommes dit que nous allions juste essayer de vendre cette brique technologique, mais cela a été un peu compliqué de par sa spécificité. Du coup, nous avons décidé de miser sur le design d’un fauteuil. Mais, comme nous ne savions pas le faire, nous sommes allés voir un designer. Il nous a fabriqué notre premier prototype. Il nous a aussi aidé à rendre le fauteuil en acoustique suffisamment neutre pour qu’il puisse être placé partout. Nous voulions vraiment un beau produit.

Ça, c’était en 2017. Aujourd’hui, nous avons conçu un autre prototype où nous avons pu intégrer la version volume. C’est-à-dire la possibilité d’industrialiser un peu plus le process. Cela nous a permis de sortir 5 fauteuils par mois sur la partie fabrication.

Je voudrais revenir sur le volet du financement. Vous étiez jeunes (et vous l’êtes toujours !), comment avez-vous fait pour vivre tout en donnant naissance au projet ?

Nous étions partis dans une logique de création d’un produit, nous devions donc aller chercher les compétences et acheter du matériel, bref, démarrer notre projet ! Il est clair que nous étions quasiment tous les deux fraîchement sortis de l’école.

Pour gagner un peu d’argent, j’ai bossé 6 mois pour une entreprise qui vendait des steaks hachés. Quant à Grégoire, il a travaillé pour une boîte de marketing à mi-temps. Quand on a tout arrêté, le chômage n’était pas vraiment conséquent. Mais cela nous faisait un peu d’argent pour vivre, jusqu’à ce qu’on lève assez rapidement des fonds !

Nous sommes surtout allés chercher du family office. Nous avions la chance d’avoir un entourage concerné par ce sujet d’entrepreunariat. Du coup, il y a eu deux fonds d’investissement et deux particuliers. Auprès d’eux, nous avons pu lever 150 000 euros en leur disant : “On reviendra vers vous dans 1 an avec nos avancées pour vous en demander un peu plus et aller vraiment chercher le marché”.

À ce stade, l’objectif était juste de faire un premier prototype et voir comment il évoluerait. Nous devions nous faire une idée précise de sa faisabilité technique, de son positionnement sur le marché, etc.

L’année suivante, nous sommes retournés les voir pour lever 350 000 euros, car nous étions prêts à déployer notre produit sur le marché. Sachant qu’en parallèle de tout ça, nous avons aussi réuni de l’argent en plus via des prêts bancaires, subventions, etc. En tout, nous avions entre 1,2 et 1,4 million.

Peux-tu nous parler un peu du marché ? Car, quand on innove, c’est toujours un peu délicat… Comment vous-êtes vous positionné ?

 

“C’était justement notre question number one : qui va vouloir de notre fauteuil ?”

 

Mais, nous nous sommes rapidement aperçus qu’il avait toute sa place dans les entreprises. Bon nombre d’entre elles cherchent des solutions de bien-être pour améliorer la qualité de vie de leurs salariés. Start-up, PME ou grands comptes, toutes sont concernées par le bien-être au travail.

   

Nous avons également visé l'hôtellerie, les aéroports et les gares pour une expérience voyageur inédite. Ces lieux de passage et d’attente sont des espaces se prêtant idéalement à un moment de détente dans notre fauteuil. 

De plus, il y a les médiathèque. Elles y intègrent leur propre contenu et diffusent ainsi leur proposition de valeur à un utilisateur correctement installé.

Enfin, nous proposons notre solution sur un format de location évènementiel. Dans ce segment, notre produit devient un support de communication. Notre fauteuil est testé comme une animation par les exposants de salons et congrès qui intègrent directement leur contenu : présentation produit, de l'entreprise, des dirigeants, etc.

Du coup, d’autres canaux de distribution seraient peut-être envisageables pour faire vivre une expérience différente ? Je pense notamment aux ouvertures de marché qu’offre l’avènement du podcast ou encore aux musées

Carrément ! Au fur et à mesure, nous nous rendons compte qu’il existe une multitude de possibilités à exploiter. Nous, au départ, nous étions juste des bricoleurs dans notre garage ! On tentait tant bien que mal de bidouiller un fauteuil pour intégrer le caisson de basse du salon de Greg dedans ! Mais, très vite, nous avons compris que le produit, c’était bien, oui, il fallait qu’il soit beau et fonctionnel, mais ce n’était pas suffisant. Car, ce qui allait vraiment faire la différence, c’était ce que nous allions mettre à l’intérieur.

 

“Aujourd’hui, ce n’est pas juste une enceinte, c’est un lieu d’expérience.”

 

Dans le fauteuil, il y a en premier lieu de la musique, c’est notre savoir-faire. Nous préparons les playlists et les intégrons à l’intérieur. Mais, à chaque fois, nous nous posons la même question : comment la playlist va-t-elle permettre à l’utilisateur de s’évader, de se sentir comme dans une bulle ? C’est important de bosser sur le contenu, mais nous devons aller encore plus loin avec, par exemple, des podcasts et des livres audio, via le soutien de partenaires que nous sommes en train de sourcer.

Notre produit séduit aussi les musées. Très récemment, nous avons installé 3 fauteuils dans un laboratoire de réalité virtuelle, fruit d'un partenariat entre la Cité de l’Architecture et du Patrimoine et Dassault Systèmes. Cette espace d'innovation ouverte est dédié à des visites immersives grandeur nature, où le grand public peut littéralement évoluer dans des mondes virtuels à l'échelle réelle. Nos fauteuils permettent de prolonger l'expérience immersive visuelle ScanPyramids VR par une immersion sonore qui reproduit l'acoustique de la chambre du roi de la Grande Pyramide.

 

Petite question, quelle est ta playlist favorite du fauteuil ?

Dans le fauteuil, on peut soit écouter nos playlists, soit mettre son smartphone. Moi, j’avoue que j’aime bien me laisser porter par la playlist Voyage. J’aime écouter des chants venus d’ailleurs.

Pourrais-tu évoquer la partie design, sourcing, l’attention que vous y prêtez, mais aussi ta vision de la qualité de l’objet ?

Avec Greg, nous nous sommes pas mal creusés la tête. Toute cette partie nous a pris pas mal de temps. Nous voulions vraiment quelque chose de bien. Nous avons donc fait travailler un professionnel pour le design du fauteuil. Puis, après réflexion, nous avons décidé qu’il serait démontable. Il fallait alors le structurer avec deux coques, afin de pouvoir, par exemple, intervenir sur un haut-parleur défaillant. Cela simplifiait le SAV à venir, mais aussi nous permettait d'avoir un produit que nous aimerions labéliser long life.

 

“Nous ne voulions pas proposer un objet éphémère, mais un produit le plus durable possible, entièrement fait en France”.

 

Nous avons alors opté pour des coques en fibres de lin. Cela nous semblait plus sympa d’utiliser une matière écologique plutôt que de mettre de la fibre de verre. Par contre, cela compliquait un peu la donne. Il nous fallait trouver un producteur de fibres de lin, et ils sont peu nombreux en France. Après plusieurs tentatives infructueuses, nous avons finalement trouvé la bonne personne. Pour le moment, c’est nous qui assemblons le fauteuil. Mais, prochainement, notre producteur le fabriquera et l’assemblera aussi.

Vous allez dans quelle direction pour les années à venir avec MAANS ?

Nous avons souvent une vision à court et long terme, il n’y a pas trop de moyen terme chez MAANS… ! En 2019, c’est plutôt du court terme. Étant aujourd’hui présent sur le marché, notre objectif principal est de stabiliser la production, puisque nous réalisons entre 30 et 40 fauteuils. Sur l’année 2020, nous aimerions en vendre une centaine. Il va donc falloir mettre l’accent sur le côté commercial, peut-être en développant un produit un peu plus simple, tout en gardant nos valeurs bien sûr.

À plus long terme, nous voudrions être vraiment très fort sur le produit/musique. Il ne faut pas oublier que la musique est notre coeur de métier. Nous devons donc encore monter d’un cran !

Avant de terminer cette interview, aurais-tu une petite anecdote à nous raconter ?

Une anecdote…. Oui, les poches qui sont dans le fauteuil ! En fait, c’est toujours un peu compliqué avec le liquide qui se trouve à l’intérieur. À la base, c’est en regardant des vidéos que nous avions constaté que la maïzena, une fois stimulée, est un liquide qui a la particularité de se solidifier. Et donc, une fois sur l'enceinte, des formes assez rigolotes apparaissent. C’est ce que nous avons fait. Mais, au bout d’une semaine, nous nous sommes dit que, finalement, ce n’était pas une très bonne idée, car… ça pourrissait !

Nous avons donc cherché et testé d’autres produits, mais cela n’a pas été facile. Finalement, nous avons opté pour des fluides rhéoépaississants qui deviennent de plus en plus solides (sans pourrir !) quand on leur applique une force, le fluide retrouvant son état initial ensuite.